Notre balance de salle de bain n’affiche pas le même chiffre selon l’endroit où on la pose. Elle vit maintenant dans le couloir, là où les nouvelles sont les meilleures.
Écrite pour ce site · Forme : libre
Deux lignes, une chute, et rien entre les deux.
13 blagues sur cette page
Notre balance de salle de bain n’affiche pas le même chiffre selon l’endroit où on la pose. Elle vit maintenant dans le couloir, là où les nouvelles sont les meilleures.
Écrite pour ce site · Forme : libre
Pourquoi le nuage ne prend-il jamais de décision ?
Parce qu’il change d’avis dès qu’il y a un peu de vent.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
J’ai demandé à mon chat de garder la maison pendant le week-end. À mon retour, il gardait le canapé, et très bien.
Écrite pour ce site · Forme : libre
Pourquoi le réveil est-il si mal aimé ?
Parce qu’il n’a jamais pris la peine d’apprendre à chuchoter.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
Notre horloge de cuisine a pris deux heures d’avance dans la nuit. Elle a toujours eu du temps devant elle.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Pourquoi le trombone de bureau finit-il toujours par changer de métier ?
Parce qu’à force de servir de tournevis, de cure-dent et d’antenne, il ne se souvient plus des feuilles.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
Le voisin du dessus a enfin terminé son étagère. Ça a été le clou de la soirée, et il en reste douze dans le couloir.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Le lave-vaisselle et moi avons un accord : il lave, je range. Cela fait trois jours que l’accord est en cours de renégociation.
Écrite pour ce site · Forme : libre
Qu’est-ce qui va plus vite qu’un train en retard ?
L’annonce qui explique pourquoi il est en retard.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
Le congélateur nous a lâchés un dimanche soir. À la maison, on a longuement parlé de la fin des haricots — les petits pois aussi étaient concernés.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
À la maison, le cartable pèse toujours plus lourd le vendredi soir. Il transporte tout ce qu’on n’a pas ouvert de la semaine.
Écrite pour ce site · Forme : libre
Pourquoi le tube de dentifrice est-il si têtu ?
Parce qu’il garde toujours une semaine de plus au fond, juste pour prouver qu’on avait tort.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
La météo avait promis une éclaircie à quinze heures. À quinze heures, elle l’a promise à seize.
Écrite pour ce site · Forme : libre
Une blague courte, c’est deux lignes et une chute. Il n’y a rien entre les deux : pas de décor à installer, pas de personnage à présenter, pas de second rebondissement pour relancer l’attention. La contrainte est facile à énoncer et difficile à tenir, parce qu’une fois le décor retiré il ne reste que le mécanisme, et le mécanisme est à nu. Sur cette page nous n’avons gardé que des items qui tiennent en deux lignes au maximum, dans trois formes seulement : la blague libre, la question-réponse et le calembour. Tout ce qui demandait une mise en place a été écarté, non parce que c’était moins drôle, mais parce que ce n’était plus court.
Ce qu’une blague courte sacrifie se compte vite. Elle abandonne le décor : on ne sait pas où l’on est, et on n’a pas besoin de le savoir. Elle abandonne les personnages : ils sont désignés par leur fonction — le voisin, le facteur, le chat — et ils n’ont ni nom, ni passé, ni caractère. Elle abandonne surtout la mise en place, ce moment où l’histoire longue installe une attente pour mieux la trahir. Une blague de deux lignes n’a pas le temps d’installer une attente ; elle doit emprunter celle que le lecteur transporte déjà. C’est pour cela qu’elle parle si souvent d’objets du quotidien : le grille-pain, l’imprimante, le réveil, la météo. Le décor est déjà dans la tête de celui qui lit, il suffit de ne pas le décrire.
En échange, elle gagne deux choses qui ne sont pas rien. La première, c’est qu’elle se place partout : dans une file d’attente, entre deux plats, dans un message, au moment où quelqu’un se lève de table. Une histoire de trente secondes exige qu’on lui fasse de la place et qu’on impose le silence autour ; deux lignes se glissent dans une conversation sans l’interrompre. La seconde, c’est qu’on la retient. Ce qui tient en une phrase se rappelle sans effort, et une blague qu’on retient est une blague qu’on redit — souvent mal, souvent en changeant un mot, et c’est très bien ainsi.
La mécanique est presque toujours la même : le dernier mot fait tout. Dans une blague courte, la chute n’est pas une phrase, c’est un point d’appui, généralement le mot final ou l’avant-dernier. Tout ce qui vient après lui affaiblit l’effet, parce que l’esprit du lecteur a déjà basculé et qu’on continue à lui parler. Cela donne une règle d’écriture très concrète, que nous nous sommes appliquée ici : quand un item ne fonctionnait pas, la cause était presque toujours un mot de trop après la bascule. On coupe, et la blague se remet debout.
La question-réponse ajoute à cela une petite machine de suspension. La question crée une attente d’un genre précis — celui de l’énigme — et la réponse la déçoit gentiment en répondant sérieusement à côté. Le plaisir vient de l’écart entre la forme sérieuse de la question et le sérieux feint de la réponse. Deux choses la font rater : une question trop longue, qui épuise l’attente avant la chute, et une réponse qui explique pourquoi elle est drôle. Une réponse de blague courte affirme, elle ne justifie jamais.
Le calembour, lui, repose sur un mot qui en cache un autre : un accord de musique et un accord entre deux personnes, une vague de la mer et une envie vague, une adresse postale et l’adresse de celui qui sait s’y prendre. Le mot doit arriver là où on ne l’attendait pas dans ce sens-là, et le second sens doit être trouvé sans effort. Un calembour qui demande qu’on y réfléchisse deux secondes est un calembour manqué : la réflexion tue la surprise, et la surprise est tout le mécanisme. Il vaut mieux essayer de le dire à voix haute avant de le garder, parce qu’un jeu de mots qui ne s’entend pas ne vit que sur le papier.
Quand la raconter, et à qui ? La blague courte supporte à peu près tous les publics parce qu’elle ne demande rien : ni patience, ni contexte, ni complicité préalable. Elle passe bien avec des enfants, qui la reprennent immédiatement, et bien avec des gens pressés, qui n’auraient pas écouté une histoire. Ce qui la fait rater tient en trois gestes : l’annoncer (« attends, j’en ai une bonne »), l’expliquer après coup, et en enchaîner cinq d’affilée. Le troisième est le plus fréquent. Une blague courte est un accident heureux dans une conversation ; alignées, elles deviennent une récitation, et la récitation ne fait plus rire personne.
Un mot sur ce que vous lisez ici. Tous les items de cette page ont été écrits pour ce site : aucun n’a été repris d’un recueil, d’un autre site, d’un spectacle ou d’un livre. Ce n’est pas une coquetterie, c’est une contrainte que nous nous imposons, et elle a un coût visible. Nous en publions moins que les pages qui recopient, et il y en a forcément quelques-uns de tièdes, parce qu’écrire des chutes neuves n’a rien à voir avec en collecter d’autres déjà éprouvées. En contrepartie, ce que vous trouvez ici, vous ne l’avez pas déjà lu ailleurs le mois dernier. Quand nous avions le moindre doute sur un item — cette impression vague de l’avoir déjà croisé — nous l’avons retiré et remplacé. Le doute suffit à écarter.
Une dernière remarque, pour ceux qui veulent en écrire. La brièveté n’est pas un raccourci, c’est un filtre. Une idée moyenne survit dans une histoire longue, portée par le rythme, les détails et la voix de celui qui raconte ; elle ne survit pas dans deux lignes, où il n’y a rien pour la porter. Écrire court, c’est donc surtout jeter beaucoup. Nous partons d’un objet banal, nous cherchons le mot qui a deux sens ou le comportement qu’on lui prête sans y penser, puis nous enlevons tout le reste jusqu’à ce que la phrase ne puisse plus perdre un seul mot sans tomber. Ce qui reste tient debout tout seul — ou ne tient pas du tout, et alors il n’y a rien à sauver.
Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : libre — Aucune forme particulière — une blague qui tient debout toute seule. question-reponse — Une question posée au lecteur, une chute qui arrive à la ligne suivante. calembour — Un jeu de mots : la chute repose sur un mot qui en cache un autre. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.