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Blaguier

Histoires drôles

Plus longues qu’une blague, assez courtes pour être racontées de mémoire.

16 blagues sur cette page

Mon voisin a fait installer un arrosage automatique, avec un capteur de pluie pour éviter le gaspillage. Le poseur lui a demandé où fixer le capteur ; mon voisin a répondu qu’il fallait le mettre à l’abri, sinon il s’abîmerait. Ils l’ont donc vissé sous l’auvent du garage, où il est resté parfaitement sec du premier jour au dernier. Depuis, le jardin est arrosé tous les matins, y compris sous l’orage, et c’est là que le spectacle vaut le détour. Mon voisin trouve ce capteur remarquable : en deux ans, il n’a pas coupé l’arrosage une seule fois.

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Au bureau, l’imprimante s’arrêtait toute seule au bout de trois pages, tous les matins. On a fait venir un technicien, qui a démonté le bac, changé un rouleau, mis à jour le pilote et facturé deux heures. En repartant, il a demandé pourquoi il y avait une couverture pliée sur le capot. « C’est pour le chat, il aime la chaleur », a dit le comptable. Le compteur interne indiquait quatre-vingt-douze appuis sur le bouton « pause » depuis lundi.

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Un ami s’est offert un détecteur de métaux et nous a juré qu’il rentabiliserait l’appareil avant l’été. Il a commencé par son propre jardin, carré par carré, en plantant un petit drapeau à chaque endroit qui sonnait, pour ne jamais refouiller deux fois au même endroit. En trois week-ends, il a sorti quatre-vingts capsules, deux fourchettes et un clou de charpente. Le quatrième dimanche, il nous a annoncé que son terrain était d’une richesse incroyable et qu’il ne comprenait pas d’où sortait tout ce métal. Les drapeaux, achetés par lot de cinquante, ont une tige en acier.

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Mon oncle a proposé de repeindre les flèches du parking de l’immeuble, effacées depuis des années, et le syndic lui a confié le plan et deux pots de peinture. Il y a passé un dimanche entier à genoux, avec un pochoir découpé la veille, très fier du résultat. Pendant huit jours, personne n’a rien dit, et tout le monde a continué à rouler exactement comme avant. Le syndic a fini par afficher une note priant les résidents de ne pas suivre le nouveau marquage. Mon oncle avait travaillé d’après le plan tenu à l’envers : les flèches sont impeccables, elles font seulement entrer tout le monde par la sortie.

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Le locataire du dessus a commencé la batterie en janvier. Nous avons glissé un mot poli sous sa porte, puis un deuxième, moins poli. En février, il a tout capitonné : mousse aux murs, tapis au sol, double rideau. En mars, il est descendu nous demander, l’air inquiet, si nous l’entendions encore. Nous avons dit non, et il a eu l’air terriblement déçu.

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Pour son exposé, un élève devait présenter un animal de son choix en trois minutes chrono. Il est monté au tableau avec une feuille pliée en quatre et a parlé de l’escargot pendant deux minutes cinquante, sans une hésitation. La maîtresse, impressionnée, lui a demandé combien de temps il avait mis à préparer ça. « Trois semaines », a-t-il dit. Elle a voulu voir la feuille : elle était vierge, il l’avait pliée pour avoir l’air sérieux.

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Mon beau-frère a acheté un congélateur d’occasion pour profiter des promotions et cesser de gaspiller. Il l’a rempli en deux jours, puis en a racheté un second le mois suivant, parce que les offres étaient vraiment trop intéressantes pour les laisser passer. Les deux appareils ronflent désormais dans le garage, l’un devant l’autre, si bien qu’il faut vider celui de devant pour ouvrir celui du fond. Il tient un cahier pour savoir ce qui dort dans lequel, avec une colonne « à sortir avant décembre » qu’il recopie chaque année. Il n’ouvre plus que celui de devant, et il y range, en promotion, ce qui attend déjà derrière depuis deux hivers.

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Un collègue est revenu de vacances avec un levain dans un bocal et l’a présenté au bureau comme un membre de sa famille. Il en a donné une cuillerée à chacun, avec une fiche expliquant qu’il fallait le nourrir tous les deux jours, sans faute, sous peine de le perdre. Il y a depuis douze bocaux sur l’étagère de la cuisine et un tableau de service scotché au-dessus de l’évier. Personne n’a encore fait le moindre pain, et personne n’ose être le premier à arrêter. Le collègue, lui, a changé d’entreprise en février.

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À la bibliothèque du quartier, un monsieur rendait toujours ses livres avec deux jours d’avance, sans exception, depuis des années. Un jour, la bibliothécaire l’a félicité pour sa régularité exemplaire. Il a expliqué qu’il n’en lisait aucun, qu’il les empruntait pour caler une étagère bancale, et qu’il changeait de titre pour varier la hauteur. Elle lui a demandé pourquoi, dans ce cas, il les rendait toujours en avance. « Parce que j’emprunte les suivants d’abord : je les glisse sous l’étagère, je regarde deux jours si elle tient, et je ne vous rapporte les anciens qu’une fois sûr. »

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Nous avons monté une bibliothèque en kit un dimanche, à trois, la notice ouverte au milieu du tapis. Au bout de dix minutes, nous l’avons repliée : un plan pareil se comprend tout seul, et nous étions trois. À la fin, il restait quatre vis et une grande planche très mince que personne n’a su nommer, alors nous l’avons glissée derrière le canapé. La bibliothèque tient debout depuis deux ans, appuyée contre le mur, et elle penche un peu à droite. Nous avons compris en janvier ce qu’était la planche mince : c’était le fond, et le fond se pose en premier.

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Au camping, un couple a monté sa tente juste avant l’orage, dans le noir, sous la pluie, en se parlant sèchement. Ils ont planté chaque sardine, tendu chaque cordon, vérifié deux fois le double toit. Ils se sont endormis épuisés mais fiers, dans une tente parfaitement sèche. Au matin, ils ont ouvert la fermeture éclair et se sont retrouvés au milieu du terrain de pétanque. Le gardien leur a dit que c’était la première fois que quelqu’un montait une tente aussi bien au mauvais endroit.

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À l’assemblée générale de l’immeuble, le dernier point de l’ordre du jour s’appelait « harmonisation des ouvrants ». Personne n’a osé demander ce que c’était, parce qu’il était vingt-deux heures et que le point précédent avait duré une heure. Le vote a été unanime, ce qui n’arrive jamais, et nous sommes tous rentrés très contents de nous. Le devis est arrivé en juin : repeindre les volets de toute la façade dans une seule et même teinte. Ils étaient déjà de cette teinte-là, mais nous l’avions voté à l’unanimité, alors ils ont été repeints.

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Mon cousin s’est mis à noter toutes ses dépenses pour comprendre où passait son argent, jusqu’au moindre café. Il a acheté un carnet, puis un carnet plus solide, puis une application payante parce que le carnet n’additionnait pas tout seul. En mars, il a pris l’abonnement supérieur pour avoir les graphiques en couleurs, indispensables à la motivation. Il nous a montré son bilan de fin d’année, très fier de sa rigueur. Le premier poste de dépenses, largement devant les courses, s’appelait « suivi des dépenses ».

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Le boulanger du coin note les commandes du dimanche sur un carnet, à l’ancienne. Un client a demandé « une baguette pas trop cuite et un pain pas trop blanc », en insistant longuement sur les nuances. Le boulanger a écrit consciencieusement, a hoché la tête, puis a tourné le carnet vers le client pour lui faire valider la commande. Il avait noté : « le monsieur difficile, deux pains. »

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Une amie ne sort jamais sans parapluie, même par grand soleil, ce dont nous nous moquons depuis des années. Cet été, nous sommes partis marcher tous ensemble sous un ciel parfaitement bleu, et elle avait, bien sûr, son parapluie. L’orage est arrivé au bout d’une heure, brutal, et nous avons couru vers elle en riant de notre chance. Elle l’a ouvert : il était troué en six endroits. « Je le prends pour avoir raison », a-t-elle dit, « pas pour être sèche. »

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Ma tante a obtenu une parcelle au jardin partagé et y a semé des courgettes, parce que « ça pousse tout seul ». En juillet, elle en a rapporté onze en une semaine et en a déposé une devant chaque porte de son palier, avec un mot gentil. Ses voisins, qui cultivent la parcelle d’à côté, ont eu exactement la même idée le lendemain. Elle en a maintenant quatorze sur le balcon, dont elle n’a semé aucune, et elle n’ose pas les jeter puisqu’on les lui a offertes. Elle vient d’écrire au gestionnaire pour demander une seconde parcelle : il lui faut de la place pour cultiver de quoi rendre la politesse.

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À propos de ces blagues

Une histoire drôle n’est pas une blague longue : c’est une blague qui a besoin d’un décor. Là où une devinette tient en deux lignes et où un calembour tient en un mot, l’histoire drôle prend le temps d’installer une situation, de la laisser se compliquer, puis de la refermer d’un coup. Trois à six phrases suffisent presque toujours. Au-delà, on ne raconte plus une histoire drôle, on raconte une anecdote, ce qui n’est pas la même chose : l’anecdote se justifie par le fait qu’elle est arrivée, l’histoire drôle doit se justifier toute seule. C’est pour cela que nous avons imposé ici une longueur courte à chaque item de cette page : elle oblige à ne garder que ce qui sert la chute.

La mécanique est presque toujours la même, et il vaut la peine de la voir de près, parce qu’une fois qu’on l’a vue, on raconte mieux. La première phrase pose un cadre banal — un bureau, un four, une voiture, un jardin. Les phrases du milieu ajoutent un détail de trop, un détail que l’auditeur enregistre sans y penser : le capteur monté sous l’auvent, la couverture posée sur l’imprimante, le sens systématiquement inverse. La dernière phrase revient chercher ce détail et lui donne la seule signification à laquelle personne n’avait pensé. La chute n’apporte donc rien de nouveau : elle relit ce qui était déjà là. C’est la raison pour laquelle une histoire drôle bien construite paraît évidente après coup, et pourquoi elle tombe à plat quand le détail décisif a été oublié en route.

D’où la première chose à retenir si l’on veut raconter ces histoires ailleurs que sur un écran : on ne retient pas une histoire drôle par ses mots, on la retient par sa situation. Essayer d’apprendre le texte par cœur est le plus court chemin vers le trou de mémoire, parce qu’il suffit d’un mot manquant pour que la phrase s’arrête. Il vaut bien mieux mémoriser trois choses : le décor, le détail planté, la chute. Un soufflé, un éternuement, l’ordre dans lequel les deux arrivent. Le reste, on le réinvente en parlant, avec ses propres mots, et cela s’entend : une histoire racontée sonne toujours plus juste qu’une histoire récitée.

La deuxième chose concerne la façon de la lancer. Ne prévenez pas. Dire « je vais vous raconter une histoire très drôle » place l’auditeur en position de juge avant même la première phrase, et il vous notera au lieu de vous écouter. Une histoire drôle se lance comme une phrase ordinaire, sur le ton dont on dit que la voisine a repeint son portail. La surprise fait la moitié du travail, et l’annonce est exactement ce qui la supprime. Pour la même raison, évitez les préparations qui préviennent : « attends, celle-là est énorme », « vous allez voir la fin ». Tout ce qui désigne la fin d’avance la désarme.

La troisième chose est plus difficile parce qu’elle est physique : il ne faut pas rire avant la fin. Le rire du conteur arrive presque toujours trop tôt, juste avant la dernière phrase, et il fonctionne comme un panneau lumineux qui annonce le virage. L’auditeur comprend qu’on approche, se prépare, et la chute arrive sur un terrain déjà occupé. La règle pratique : dire la dernière phrase le plus platement possible, puis s’arrêter et se taire. Le silence après la chute n’est pas un échec, c’est le temps que prend le public pour faire lui-même le rapprochement. Beaucoup d’histoires sont gâchées dans les deux secondes qui suivent, par un conteur qui explique, répète ou ajoute « tu comprends, parce que le chat… ».

Ce qui fait rater une histoire drôle est en général mesurable. Trop de détails : chaque précision inutile dilue le seul détail qui compte. Un ordre bousculé : si la chute demande de se souvenir d’un objet, cet objet doit avoir été nommé avant, une fois, clairement. Un mauvais moment : ces histoires demandent qu’on écoute jusqu’au bout, elles ne survivent pas au milieu d’une conversation animée ni à un couloir où tout le monde marche. Et un mauvais format : certaines fonctionnent à table, entre deux plats, d’autres seulement en voiture, là où personne ne peut partir.

Pour choisir à qui raconter quoi, il suffit de se demander ce que la chute exige de connaître. Une histoire de four, de vélo ou de valise se comprend partout, y compris par un enfant. Une histoire qui repose sur une imprimante de bureau, sur un devis ou sur un formulaire suppose qu’on ait déjà eu affaire à l’un des trois : elle sera meilleure entre collègues qu’en classe de CM2. Ce n’est pas une question de niveau, c’est une question d’expérience partagée. Les histoires de cette page sont volontairement mélangées sur ce point : cuisine, jardin, transports, école, mer, musique, informatique, pour qu’il y en ait à peu près pour chaque table.

Un mot, enfin, sur ce que vous lisez ici. Toutes les histoires de cette page ont été écrites pour ce site. Nous n’avons recopié aucun recueil, aucun spectacle, aucune page trouvée ailleurs — d’abord parce qu’une histoire drôle contemporaine appartient à quelqu’un, ensuite parce que recopier ce que tout le monde a déjà lu n’a aucun intérêt. Cela a une conséquence honnête à annoncer : nous en avons moins que les collections qui ramassent tout, et nous en ajoutons lentement. En échange, celles-ci sont à nous, elles ne se retrouvent pas sur dix autres pages identiques, et vous pouvez les raconter en sachant d’où elles viennent. Si vous les modifiez en les racontant — c’est ce qui devrait arriver — elles seront un peu à vous aussi.

Comment elles ont été écrites

Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : histoireUne histoire courte : une situation, un développement, une chute. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.

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