À propos de ces devinettes
Le site a déjà une page de devinettes faciles et une page de devinettes drôles. Celle-ci est l’autre extrémité : des énoncés plus longs, des objets décrits par ce qu’ils font plutôt que par ce à quoi ils ressemblent, et des réponses qui prennent le temps de montrer pourquoi elles sont les seules possibles. Ce sont des devinettes pour quelqu’un qui a déjà trouvé les autres, et qui cherche à rester bloqué plus de dix secondes.
Une devinette est difficile quand chaque indice est exact, vérifiable après coup, et pointe dans une direction que le lecteur écarte spontanément. Elle n’est pas difficile parce qu’elle cache une information. C’est la distinction que nous nous imposons et elle décide de tout : un énoncé qui exige de deviner un élément absent n’est pas dur, il est raté, et il laisse une impression de tricherie qui gâche même les bons énoncés d’à côté. Toute la résistance doit venir de ce que le lecteur ajoute lui-même, jamais de ce que l’auteur a retiré.
Trois leviers font l’essentiel du travail, et vous les reconnaîtrez en lisant. Le premier est l’indice à double emploi : un mot parfaitement ordinaire dont le second sens, moins fréquent, est le bon. Le deuxième est la description par le comportement — quatre ou cinq choses que l’objet fait, aucune qui dise à quoi il ressemble — parce que l’œil du lecteur cherche une forme et ne trouve rien à quoi s’accrocher. Le troisième est la contrainte chiffrée, du genre « je n’existe qu’une fois par semaine » ou « on me remplace tous les sept ans » : une précision que l’on prend d’abord pour du décor et qui est en réalité la clause qui élimine tous les candidats sauf un.
La bonne méthode de recherche est écrite plutôt que mentale. Notez, en trois ou quatre lignes, la liste de ce que l’énoncé affirme, et à côté la liste de ce que vous avez supposé sans qu’il le dise. La solution loge presque toujours dans la seconde liste, et souvent dans la ligne dont vous vous étiez dit en l’écrivant qu’elle allait de soi. C’est un peu laborieux et c’est justement pour cela que ça marche : tant que l’inventaire reste dans la tête, l’hypothèse en trop reste invisible, parce qu’elle a exactement la forme d’une évidence.
Deuxième méthode, quand la première tourne en rond : relisez l’énoncé en vous arrêtant sur chaque nom et chaque verbe, et demandez-vous s’il existe un autre emploi courant du mot. Le français en offre beaucoup. « Voler » se dit d’un oiseau et d’un pickpocket, « livre » désigne un objet et une ancienne monnaie, « pièce » se dit d’une salle, d’une monnaie, d’un morceau de théâtre et d’un élément de rechange. Dès qu’un mot en accepte deux, essayez le second : c’est très souvent par là que l’énoncé s’ouvre, et c’est aussi par là qu’il avait été écrit.
Il faut également accepter que la difficulté ne soit pas répartie régulièrement. Certaines de ces devinettes tombent en quelques secondes pour une personne et résistent une soirée entière à une autre, sans que rien dans le texte n’explique l’écart : cela dépend du métier qu’on fait, de la maison où l’on a grandi, du mot qu’on a entendu la veille. Nous ne les avons donc pas rangées par difficulté, parce que nous n’avons aucun moyen de mesurer laquelle est la plus dure et qu’un classement inventé serait un classement faux. Elles se lisent dans l’ordre ou au hasard, indifféremment.
Poser une devinette difficile se joue au rythme. Lisez l’énoncé une première fois en entier, laissez le silence s’installer, puis relisez-le lentement : la seconde lecture fait partie du jeu, car c’est elle qui permet de repérer le détail survolé la première fois. À plusieurs, le format des questions fermées fonctionne bien — on ne répond que par oui, par non, ou par « sans importance », et ce troisième mot est le plus utile des trois puisqu’il écarte une fausse piste sans rien livrer. Ce qui gâche l’exercice est presque toujours le même geste : ajouter un indice qui n’était pas dans le texte, ou donner la réponse parce que le silence devient inconfortable.
Une devinette de cette page est écartée dès qu’un second objet satisfait tous ses indices aussi bien que le premier. Ce n’est pas une exigence de style, c’est la seule chose qui distingue une devinette d’une question à laquelle plusieurs réponses conviennent, et nous en avons retiré pour cela. C’est aussi la raison pour laquelle nos réponses ne se contentent pas de nommer l’objet : elles reprennent les indices un par un, et quand l’énoncé tendait une fausse piste, elles la nomment et disent où elle casse. Une réponse d’un seul mot ne prouverait rien, et sur un énoncé dur elle laisserait le lecteur exactement où il était.
Un mot sur la provenance, qui vaut pour tout le site. Ces devinettes ont été écrites ici, une par une. Nous ne recopions ni recueil, ni page d’un autre site, ni cahier de vacances ; quand un énoncé nous rappelait quelque chose de déjà lu, nous l’avons écarté plutôt que de le rhabiller, y compris lorsqu’il était bon. La forme, elle, est à tout le monde — décrire un objet sans le nommer est un jeu que personne ne possède. Cela donne des pages moins fournies que celles qui compilent, et vous n’y trouverez pas les grands textes que tout le monde connaît déjà. En échange, ce que vous lisez vient de nous et nous pouvons en répondre.