Le poissonnier avait écrit sur son ardoise : « Fermé jusqu’à lundi, je pars voir la mer. » Sa fille a lu « ma mère » et a passé tout le week-end à s’étonner que sa grand-mère sente autant l’iode.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Un mot qui en cache un autre, et la chute est dedans.
12 blagues sur cette page
Le poissonnier avait écrit sur son ardoise : « Fermé jusqu’à lundi, je pars voir la mer. » Sa fille a lu « ma mère » et a passé tout le week-end à s’étonner que sa grand-mère sente autant l’iode.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Ma tante tient les registres du club de lecture. Elle nous demande des comptes ; nous lui répondons par des contes, et depuis trois ans le bilan est passionnant mais parfaitement introuvable.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Au bord de l’étang, le gardien lève la main dès qu’un grand oiseau blanc traverse. Nous n’avons jamais su s’il nous faisait signe ou s’il nous annonçait un cygne ; par prudence, nous répondons toujours.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Dans le train, la dame qui parle au micro a une très belle voix. Le chef de gare, lui, tient surtout à sa très belle voie : la numéro 4, refaite le mois dernier, et il en parle plus souvent qu’elle.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Ma professeure de piano met des notes partout : sur la partition, dans le carnet, et parfois sur mon front quand je m’endors sur le clavier. Ce sont les seules que j’aie vraiment retenues.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Ma voisine jure que sa blanquette ne réussit que grâce au temps. Après vérification, c’est du thym — mais elle laisse quand même mijoter trois heures, et nous n’avons jamais pu trancher.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Depuis qu’il siège au conseil du village, mon oncle passe ses soirées à couper les cheveux en quatre. Sa femme, qui est coiffeuse, trouve qu’il empiète sur son métier, et qu’en plus il s’y prend très mal.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Le voisin a semé ses laitues juste sous la fenêtre du bureau. C’est le seul endroit du village où l’on peut raconter des salades toute la journée sans que personne y trouve à redire.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Quel est le comble pour un jardinier ? Prendre racine devant un plant qui refuse de pousser.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour une météorologue ? Annoncer une belle éclaircie et prendre une douche froide.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour un souffleur de verre ? Ne pas savoir quoi dire quand on lui demande son avis.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour une tailleuse de pierre ? Rester de marbre devant le plus joli compliment de sa vie.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Disons-le tout de suite, pour que personne ne perde son temps : cette page ne contient aucune grille. En français, « jeux de mots » sert aussi bien à désigner les mots croisés, les mots fléchés, les grilles de lettres et les applications où l’on assemble des syllabes pour marquer des points. Si c’est une grille que vous cherchez, vous n’êtes pas au bon endroit. Ici, il s’agit du calembour : la blague dont la chute tient dans un mot qui en cache un autre, et qui s’écroule dès qu’on remplace ce mot par un synonyme.
Le calembour est une blague à un seul point d’appui. Toute la phrase existe pour amener un mot, et ce mot doit pouvoir être compris de deux façons à la fois. C’est ce qui le distingue de l’histoire drôle, où la chute vient d’une situation, et de la devinette, où le lecteur doit chercher une réponse. Dans un calembour, il n’y a rien à chercher : le double sens arrive tout seul, juste après le dernier mot de la phrase. Ce petit décalage — on entend d’abord une chose, puis on comprend l’autre — c’est exactement le rire du calembour.
Le premier procédé est l’homophonie : deux mots différents se prononcent pareil. Le français en est plein, et c’est ce qui rend la langue si commode pour ce genre de blague. La mer et la mère, un ver et un verre, la voix et la voie, la fin et la faim : à l’oreille, rien ne les sépare. Le calembour consiste alors à construire une phrase où les deux lectures restent possibles jusqu’au dernier moment, puis à laisser le lecteur choisir. Le meilleur signe qu’un calembour homophonique fonctionne, c’est qu’il perd tout son sel une fois écrit noir sur blanc, parce que l’orthographe tranche à notre place.
Le deuxième procédé est la coupure de mot. À l’oral, le français ne marque pas les frontières entre les mots : on prononce une phrase d’un seul tenant et c’est le cerveau qui découpe. Déplacez la coupure d’une syllabe et vous obtenez autre chose. « De la mer » devient « de l’amer », et un enfant qui entend « un abricot » peut très bien répéter « une nabricot ». Le calembour de coupure exploite cette hésitation : il pose une phrase que l’oreille peut découper de deux manières. C’est le procédé le plus fragile, parce qu’il n’existe qu’à voix haute — écrit, il faut souvent aider un peu le lecteur.
Le troisième procédé est le glissement de sens. Là, le mot est bien le même : c’est son emploi qui bascule. On peut couper les cheveux en quatre sans toucher à une seule mèche, prendre racine devant un massif qui ne pousse pas, ou joindre les deux bouts d’un livre plutôt que ceux d’un budget. Les expressions figées sont la matière première de ce procédé : dès qu’on les prend au pied de la lettre, elles redeviennent des images, et l’image est drôle parce qu’on l’avait oubliée.
Le comble est la forme la plus codée de cette famille. On annonce un métier, on demande le comble, et la chute doit être un calembour qui ne pouvait tomber que sur ce métier-là. C’est une contrainte sévère : si la chute marcherait aussi bien avec un autre métier, le comble est raté. Le plaisir vient de la justesse de l’ajustement, pas de l’audace de la chute. Un comble bien construit donne l’impression que l’expression figée attendait ce métier depuis toujours — qu’« enfoncer une porte ouverte » avait été écrit pour un serrurier et pour personne d’autre.
Un calembour se raconte vite et une seule fois. Ce qui le fait rater est presque toujours la même chose : l’annoncer à l’avance, l’expliquer après, ou le répéter parce que l’autre n’a pas ri. Le mot qui porte la chute doit être prononcé nettement et en dernier ; s’il tombe au milieu de la phrase, personne ne l’entend. Il faut aussi que l’expression détournée soit connue de celui qui écoute : un enfant qui n’a jamais entendu « joindre les deux bouts » ne verra pas la blague, et ce n’est pas sa faute. Dans ce cas, mieux vaut changer de blague que de faire un cours.
Ces items s’enchaînent bien en petite série, à table, en voiture ou dans une salle d’attente, à condition de ne pas vider la page d’un coup. Mieux vaut s’arrêter tant que celui qui écoute n’attend pas encore le double sens : dès qu’il le voit venir, le décalage n’a plus lieu, et c’est à vous d’en juger sur son visage plutôt que sur une règle. Les combles, eux, supportent mieux la salve, parce que la question relance à chaque fois l’attention de celui qui écoute et lui laisse le temps d’essayer de trouver la chute avant vous. C’est d’ailleurs la meilleure façon de les lire à plusieurs : poser la question, laisser un silence, puis donner la réponse.
Un mot sur ce que vous lisez ici. Toutes ces blagues ont été écrites pour ce site. Nous n’avons rien recopié d’un recueil, d’un autre site, d’un spectacle ou d’un livre, et quand un jeu de mots nous semblait déjà lu quelque part, nous l’avons écarté plutôt que de le garder. Cela a deux conséquences que nous préférons annoncer : nos pages sont plus courtes que les listes qu’on trouve ailleurs, et vous n’y retrouverez pas les classiques que tout le monde reprend. En échange, ce que vous lisez est à nous, et nous pouvons en répondre.
Si l’envie vous prend d’en écrire, la méthode tient en peu de choses : partez d’une expression figée que vous employez sans y penser, cherchez un métier ou une situation où l’un de ses mots reprendrait son sens concret, et construisez la phrase la plus courte possible autour. Le premier essai est souvent trop long. Le deuxième est souvent déjà lu quelque part. Le troisième est parfois le bon — et c’est à peu près le rythme auquel cette page s’est écrite.
Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : calembour — Un jeu de mots : la chute repose sur un mot qui en cache un autre. comble — « Quel est le comble pour un… ? » — la chute est un calembour sur le métier. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.