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Énigmes faciles

Une scène impossible, une explication en une phrase.

12 devinettes sur cette page

La seule fenêtre de la cuisine donne plein nord, sur la façade blanche de l’immeuble d’en face. Le soleil n’entre jamais directement dans la pièce, et pourtant, dès qu’il brille dehors, la cuisine est baignée d’une lumière chaude jusqu’au soir. Rien n’a été installé pour cela : ni verrière, ni puits de lumière, ni la moindre lampe allumée.

Réponse

La lumière n’arrive pas du nord, elle rebondit : le mur d’en face, lui, prend le soleil de plein fouet toute la journée et renvoie sa clarté dans la fenêtre qui lui fait face. Une façade blanche est une source de lumière dès qu’elle est éclairée, et c’est elle que la cuisine reçoit. L’hypothèse ajoutée par le lecteur, jamais écrite dans l’énoncé, est que la lumière qui entre par une fenêtre vient forcément du soleil en ligne droite. L’énoncé posait pourtant le renvoi sous son nez : la fenêtre donne « sur la façade blanche de l’immeuble d’en face », et une façade claire au soleil éclaire tout ce qu’elle regarde.

Écrite pour ce site · Forme : enigme

Sur le quai, une trentaine de personnes attendent depuis un quart d’heure, les yeux sur le panneau des arrivées. Le train entre en gare, s’arrête, ouvre ses portes, repart trois minutes plus tard. Personne n’est monté, et pas un seul de ces trente-là ne s’en est plaint.

Réponse

Ils n’attendaient pas le train, ils attendaient ceux qui en descendent : la classe rentrait de son voyage et les parents étaient venus la chercher. Monter n’a jamais fait partie de leur programme, donc rien ne leur a manqué quand le train est reparti. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’on se tient sur un quai pour partir. L’énoncé la démentait déjà : ils avaient « les yeux sur le panneau des arrivées », et on ne surveille pas les arrivées quand on veut prendre un départ.

Écrite pour ce site · Forme : enigme

L’appartement du quatrième a été entièrement vidé en une matinée : armoires, canapé, machine à laver. L’immeuble n’a pas d’ascenseur, la cage d’escalier est restée impeccable, et aucun habitant n’a croisé le moindre déménageur dans les couloirs. La porte palière n’a été ouverte qu’une fois, à l’arrivée de l’équipe, et les fenêtres du salon donnent droit sur la rue.

Réponse

Tout est descendu par la façade : les déménageurs avaient dressé un monte-meubles depuis le trottoir, cette échelle motorisée dont le plateau vient se poser au niveau de la fenêtre. Les meubles ont fait dix voyages sans jamais entrer dans les parties communes, ce qui explique l’escalier propre et les couloirs déserts. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’un meuble quitte un appartement par la porte. L’énoncé fermait cette voie et en ouvrait une autre dans la même phrase : la porte n’a servi qu’une fois, et « les fenêtres du salon donnent droit sur la rue ».

Écrite pour ce site · Forme : enigme

Le chantier est fermé depuis vendredi soir : grilles cadenassées, cabine vide, courant coupé au tableau. Samedi matin, la grande grue ne pointe plus du tout dans la même direction que la veille, et le gardien l’a vue pivoter lentement à plusieurs reprises pendant la nuit. Personne n’est monté, rien n’a été forcé, et la nuit avait été très venteuse.

Réponse

Personne ne l’a fait tourner : c’est le vent, et c’est voulu. À l’arrêt, on met la flèche en girouette, c’est-à-dire libre de pivoter, pour qu’elle s’oriente d’elle-même dans le vent au lieu de lui offrir sa prise ; une grue bloquée face aux rafales encaisserait tout l’effort dans sa structure. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’une machine qui bouge est une machine que quelqu’un commande. L’énoncé écartait pourtant toute main humaine — cabine vide, courant coupé — et ne laissait qu’une seule force disponible cette nuit-là, celle qu’il nommait en dernier : le vent.

Écrite pour ce site · Forme : enigme

Elle a franchi la ligne d’arrivée du marathon en quarante-huitième position et le speaker l’a annoncée première femme. Deux femmes avaient pourtant franchi cette même ligne avant elle, en courant, sans le moindre raccourci. Le classement n’a été contesté par personne.

Réponse

Les deux autres ne couraient pas le marathon : le semi-marathon était parti plus tard et arrivait sur la même ligne, dans le même couloir, sous la même banderole. Elles ont donc bel et bien franchi cette ligne avant elle sans lui prendre quoi que ce soit, puisqu’elles n’étaient pas dans sa course. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est que tous ceux qui passent une ligne d’arrivée disputent la même épreuve. L’énoncé n’a jamais écrit qu’elles couraient le marathon : il a écrit qu’elles avaient franchi « cette même ligne ».

Écrite pour ce site · Forme : enigme

La pharmacie de garde est fermée à clé toute la nuit, rideau baissé, lumière de la boutique éteinte. Entre minuit et six heures, quatre personnes en sont pourtant reparties avec le médicament qu’elles étaient venues chercher. La porte ne s’est pas ouverte une seule fois.

Réponse

Le service passe par le guichet de nuit : une petite ouverture percée dans la façade, avec sa sonnette, par laquelle l’ordonnance entre et la boîte ressort, le pharmacien restant à l’intérieur. Rester fermé n’empêche pas de servir, cela empêche seulement d’entrer. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’un commerce sert ses clients en les laissant franchir sa porte. L’énoncé prenait soin de dire que la porte ne s’était pas ouverte « une seule fois » — jamais que rien n’était passé d’un côté à l’autre du mur.

Écrite pour ce site · Forme : enigme

La tente a été plantée au bord de la rivière par une nuit claire et froide, et il n’est pas tombé une goutte de pluie. Au réveil, l’intérieur du double toit ruisselle et les duvets sont humides. La toile est neuve, sans une déchirure, et rien n’a été renversé.

Réponse

L’eau ne vient pas du dehors, elle vient des dormeurs : on rejette de la vapeur d’eau en respirant toute la nuit, et cette vapeur se dépose en gouttes sur la toile refroidie, exactement comme la buée sur une vitre froide. L’air chargé d’humidité qui monte de la rivière ne fait qu’ajouter à la réserve. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est que de l’eau à l’intérieur d’une tente a forcément traversé la toile. L’énoncé lui donnait les deux ingrédients dans sa première phrase : une nuit « claire et froide », qui refroidit la toile, et le « bord de la rivière ».

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Le troupeau de la ferme du haut traverse la nationale deux fois par jour, à heure fixe, depuis vingt ans. Aucune voiture n’a jamais eu à ralentir pour lui et aucun automobiliste ne l’a jamais aperçu. Il n’y a jamais eu le moindre accident.

Réponse

Il traverse dessous : un passage busé, large de deux mètres, relie l’étable au pré en passant sous le remblai de la route. Les bêtes ne voient jamais la nationale et la nationale ne voit jamais les bêtes, ce qui explique à la fois les vingt ans et l’absence d’accident. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est que traverser une route, c’est marcher sur son bitume. L’énoncé disait seulement que le troupeau « traverse la nationale », c’est-à-dire qu’il passe d’un côté à l’autre — ce qui ne dit rien de la hauteur à laquelle il le fait.

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Ils habitent la même rue, aux numéros 14 et 15, et chacun voit la fenêtre de l’autre depuis la sienne. Ils ne votent pas dans la même mairie, ne paient pas leurs impôts locaux au même endroit, et leurs enfants ne sont pas inscrits à la même école. Aucun des deux n’a déménagé et il n’y a pas d’erreur d’adresse.

Réponse

La rue sert de limite entre deux communes : la frontière court dans l’axe de la chaussée, les numéros pairs d’un côté, les impairs de l’autre. Chacun est donc chez lui dans un village différent, à huit mètres de son voisin, et tout ce qui dépend de la commune les sépare. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’une rue appartient tout entière à une seule commune. L’énoncé disait qu’ils habitent « la même rue » — jamais la même commune, ce qui cesse d’être équivalent dès qu’une limite suit la chaussée.

Écrite pour ce site · Forme : enigme

Le chalet reste vide du lundi au vendredi et personne n’y met les pieds avant le samedi midi. Le chauffage, lui, tourne toute la semaine, à tout petit régime. Le propriétaire, qui compte chaque euro et râle sur ses factures, refuse absolument qu’on l’éteigne.

Réponse

Ce chauffage-là ne réchauffe personne : il maintient la maison au-dessus de zéro pour que l’eau des canalisations ne gèle pas. Une conduite qui gèle éclate, et l’on retrouve le dégât au retour ; cinq jours de tout petit régime coûtent infiniment moins cher que la réparation. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’on chauffe une maison pour ceux qui l’habitent. L’énoncé le désignait presque : le chauffage tourne « à tout petit régime », un réglage qui ne rendrait aucune pièce confortable et qui n’a donc pas été choisi pour le confort.

Écrite pour ce site · Forme : enigme

Le bureau de vote a fermé ses portes à dix-huit heures précises, au coup de sonnette du président. À dix-huit heures vingt, une électrice a pourtant glissé son bulletin dans l’urne, devant les assesseurs et sous les yeux de tout le monde. Personne n’a rien trouvé à y redire.

Réponse

Elle était déjà à l’intérieur : fermer les portes à l’heure dite, c’est cesser de laisser entrer, et non interrompre le vote de ceux qui font encore la queue. La file s’est écoulée en vingt minutes, elle en était la dernière, et son bulletin vaut exactement autant que les autres. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est que l’heure de fermeture est l’heure du dernier vote. L’énoncé disait très précisément que le bureau avait « fermé ses portes » : les portes, pas l’urne.

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Un matin de février, les pompiers ont mis eux-mêmes le feu au flanc de la colline, en présence du maire et de deux gardes forestiers. Le feu a couru dans les broussailles pendant deux heures, puis s’est éteint sur une bande de terre retournée. Personne n’a appelé les secours et, le soir, la caserne a été félicitée.

Réponse

Ils ne combattaient pas un incendie, ils en supprimaient un à venir : c’est un brûlage dirigé, où l’on brûle en plein hiver les broussailles sèches d’une parcelle bornée à l’avance, par temps humide, pour qu’il ne reste rien à brûler l’été suivant. Le feu était donc l’outil, pas l’accident, et la bande de terre retournée était sa limite, prévue avant l’allumage. L’hypothèse ajoutée par le lecteur est qu’un feu sur une colline est toujours un sinistre et que le rôle des pompiers est toujours de l’éteindre. L’énoncé donnait la saison et le public : « un matin de février », « en présence du maire et de deux gardes forestiers » — un sinistre ne se déclare pas devant les autorités convoquées.

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À propos de ces devinettes

Cette page est l’entrée de la rubrique des énigmes. Les trois autres — les énigmes de situation, les difficiles et celles de logique — demandent du temps, du silence et parfois un papier. Celles-ci se dénouent en une minute, à table ou dans une file d’attente, et c’est leur seul objectif. Une énigme facile n’est pas une énigme au rabais : c’est une énigme dont l’hypothèse cachée est unique, ordinaire, et posée sous le nez du lecteur au lieu d’être enfouie.

La mécanique est celle de toute énigme de situation, et elle est honnête : l’énoncé ne ment jamais. Chaque mot y est exact. Ce qui est faux, c’est le décor que le lecteur ajoute tout seul pour se représenter la scène. On entend « le facteur n’a rien déposé » et on imagine une boîte aux lettres vide ; on entend « il faisait nuit » et on imagine qu’on n’y voyait rien. L’énoncé n’a rien dit de tel. Une bonne énigme n’ajoute donc aucun mensonge : elle laisse un trou que l’imagination remplit de travers, puis elle montre le trou.

Ce qui rend celles-ci faciles tient en trois choses. Il n’y a qu’une seule hypothèse à défaire, et non deux emboîtées. Cette hypothèse porte sur un mot du quotidien plutôt que sur une situation technique. Et la scène est courte : deux ou trois phrases, jamais plus. Cette dernière contrainte est la plus efficace des trois, parce qu’au-delà de trois phrases le lecteur ne sait plus quel détail compte, et l’exercice devient une lecture attentive au lieu d’un déclic. Une énigme longue n’est pas plus difficile, elle est plus fatigante, ce qui n’est pas la même chose.

Pour chercher, une seule question suffit le plus souvent : qu’est-ce que l’énoncé n’a pas dit ? Prenez-le phrase par phrase et énoncez à voix haute ce qui n’y figure pas. Il dit que la porte était fermée ; il ne dit pas qu’elle était verrouillée. Il dit que personne n’a répondu ; il ne dit pas que la maison était vide. Il dit qu’elle a gagné la course ; il ne dit pas qu’elles étaient nombreuses à courir. Cette petite gymnastique se fait en quelques secondes et c’est presque toujours elle qui débloque une énigme de ce niveau.

La deuxième piste est le mot à deux sens, et le français en regorge. Un « verre » se boit et se pose sur le nez ; une « glace » se mange et se regarde ; « courir » se dit d’un athlète et d’une rumeur ; « garder » se dit d’un objet et d’un enfant. Quand un énoncé résiste, arrêtez-vous sur chaque nom et demandez-vous s’il en existe un second emploi ordinaire. Si oui, relisez toute la scène avec ce second sens installé : très souvent elle redevient banale d’un coup, ce qui est exactement le signe que vous avez trouvé.

Une troisième piste, plus rarement utile mais imparable quand elle sert : demandez-vous qui parle et de qui l’on parle. Beaucoup d’énoncés sont rapportés par quelqu’un qui décrit ce qu’il croit voir, ou qui désigne quelque chose par son usage le plus courant. La scène ne paraît absurde que depuis ce point de vue-là. Changez de place, mettez-vous derrière l’œil qui raconte, et regardez la situation depuis cet endroit plutôt que depuis le vôtre. Ce déplacement coûte un effort minuscule et il résout une énigme sur cinq.

Une énigme facile se pose bien à quelqu’un qui n’en a jamais fait, et c’est souvent son meilleur usage. Deux précautions valent d’être prises. La première : lisez l’énoncé deux fois avant de laisser chercher, parce que la personne doit retenir trois informations à la fois et qu’une seule lecture ne suffit presque jamais. La seconde : ne répondez pas « non » à une question qui visait juste mais qui était mal formulée — dites plutôt « presque », et relisez la phrase de l’énoncé qui contient la réponse. Ces deux gestes ne coûtent rien et ils évitent la plupart des soirées qui tournent court.

Nos réponses sont écrites pour être évidentes après coup, jamais avant. C’est le critère que nous nous imposons : si l’explication vous fait dire « je pouvais le trouver », l’énigme est bonne ; si elle vous fait hausser les épaules, elle est ratée et elle n’avait pas à être publiée. Chaque solution de cette page nomme donc explicitement l’hypothèse que le lecteur avait ajoutée, puis désigne le mot exact de l’énoncé qui autorisait l’autre lecture depuis le début. C’est ce dernier point qui compte le plus, parce qu’il prouve que rien n’a été ajouté en cours de route.

Un mot enfin sur ce que vous lisez ici. Toutes ces énigmes ont été écrites pour ce site, une par une. Nous ne recopions rien : ni recueil, ni site existant, ni émission. Une énigme contemporaine appartient à qui l’a écrite, et nous n’avons aucune raison de nous servir chez les autres. Cela a une conséquence très concrète et nous préférons la dire franchement : nos pages sont moins fournies que celles qui ramassent tout ce qui traîne. En échange, ce que vous trouvez ici vient de nous, l’énoncé a été vérifié pour être soluble avec ses seuls mots, et vous ne l’avez probablement pas déjà lu ailleurs.

Comment elles ont été écrites

Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : enigmeUne énigme : une situation qui paraît impossible et qui a une explication. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.

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