À propos de ces devinettes
Une charade découpe un mot en morceaux de son, puis définit chaque morceau comme s’il était un mot indépendant, sans jamais laisser deviner le rapport avec l’ensemble. « mon premier », « mon deuxième », « mon troisième » sont des fragments autonomes — un objet, une note, un pronom, une lettre — et « mon tout » désigne le mot reconstitué. Toute la mécanique tient dans cet écart : les définitions parlent d’une serre de jardinier et d’un oiseau qui fait la roue, la réponse parle d’un animal qui rampe et qui mue. Le plaisir vient du moment où l’oreille recolle les morceaux et où le sens saute d’un coup.
Le point décisif, celui qui fait rater la moitié des charades qu’on tente d’improviser, c’est que le découpage se fait à l’oral et jamais à l’écrit. « scie » et « reine » ne partagent presque aucune lettre avec « sirène », et pourtant, prononcés à la suite, ils le produisent exactement. L’orthographe ment, la sonorité dit vrai. Une charade se vérifie donc en la disant à voix haute, lentement, puis très vite : si les morceaux mis bout à bout ne donnent pas le mot au son près, la charade est fausse, même si elle paraît élégante sur le papier. Une consonne finale qui siffle en trop suffit à la faire tomber.
Pour en résoudre une, nous conseillons de commencer par la fin. « mon tout » est presque toujours la définition la plus généreuse : elle dit la catégorie — un objet de cuisine, un oiseau, un outil — et elle donne le nombre approximatif de syllabes attendu, puisqu’il y a en général autant de fragments que de syllabes. On tient alors une famille de mots candidats, et il ne reste qu’à tester lequel se coupe proprement selon les indices. Chercher dans l’autre sens, en devinant chaque fragment isolément, marche aussi, mais beaucoup plus lentement.
Un deuxième réflexe aide énormément : le stock de fragments courants est petit. Les charades vivent de mots minuscules — les articles le, la, les, un ; les notes de musique do, ré, mi, la, sol ; les pronoms on, ta, ton ; les lettres de l’alphabet prononcées S, K, Y ; les formes brèves des verbes être, avoir, vivre. Quand une définition semble bizarrement pauvre — « ce qui sert à dire non devant un verbe » — c’est presque toujours l’un de ces petits mots. Les identifier tout de suite libère l’attention pour les fragments plus longs, qui portent le vrai sens.
Fabriquer une charade se fait dans le sens inverse. On part du mot d’arrivée, on le prononce en le tranchant syllabe par syllabe, et on regarde si chaque tranche correspond, au son, à un mot existant. Beaucoup de mots refusent : ils produisent des fragments qui ne veulent rien dire, et il faut les abandonner sans regret. Ceux qui acceptent se reconnaissent vite. Ensuite seulement on écrit les définitions, en s’imposant une règle : aucune ne doit évoquer le domaine du mot final, sinon la réponse arrive avant la dernière ligne et la charade s’effondre.
La difficulté se règle par trois leviers. Le nombre de fragments d’abord : deux syllabes se devinent souvent en quelques secondes, trois demandent un vrai va-et-vient — au-delà, l’énoncé devient un petit chantier que très peu de mots supportent, et nous n’en avons retenu aucun ici. Ensuite la nature des fragments : un nom concret se trouve facilement, une forme verbale conjuguée ou un pronom isolé bien moins. Enfin la définition du tout : plus elle est imagée et détournée, plus elle résiste. « mon tout ne se presse jamais » demande un détour que « mon tout est une tortue » ne demande pas. La liste ci-dessous alterne les charades à deux et à trois fragments, sans les ranger par difficulté.
Une charade se raconte bien là où l’on est immobile ensemble : en voiture, dans une salle d’attente, à table quand le plat tarde, en classe pendant les cinq minutes qui restent. Elle réclame de l’oral et un peu de silence, ce qui est exactement ce qui lui manque dans une conversation bruyante. Elle rate quand on la lit trop vite, quand on répète le fragment déjà trouvé au lieu de laisser chercher, et surtout quand on donne la réponse au premier soupir. Mieux vaut redonner un fragment que livrer le tout : la personne veut trouver, pas savoir.
Un dernier point, qui nous engage. Toutes les charades de cette page ont été écrites pour ce site : nous avons choisi les mots, coupé les syllabes, rédigé chaque définition, puis relu chaque assemblage à voix haute pour vérifier qu’il tombait juste au son près. Nous n’avons repris aucun texte existant, et nous écartons systématiquement les charades célèbres des recueils — celles que tout le monde recopie et qui viennent les premières à l’esprit — y compris quand l’assemblage nous paraissait joli. Quand un doute subsistait sur l’origine d’un texte, nous l’avons retiré plutôt que discuté. La forme, elle, n’appartient à personne : « mon premier, mon deuxième, mon tout » est un moule public. Conséquence assumée : nos pages contiennent moins d’items que les recueils qui se copient les uns les autres, mais chacun est de nous, vérifié un par un, et nous pouvons en répondre.