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Devinettes « Qui suis-je ? »

L’objet parle et se décrit sans jamais se nommer.

12 devinettes sur cette page

Je vis debout dans un coin du garage, les jambes serrées, et je ne marche jamais. On ne pense à moi que le jour où quelque chose est trop haut : une ampoule morte, un carton posé sur l’armoire. Le temps de trois marches, je rends n’importe qui plus grand que l’armoire. Qui suis-je ?

Réponse

Un escabeau.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je passe mes journées au bord du bureau, la mâchoire ouverte, et je ne mange rien. D’un coup sec sur la tête, on me fait mordre le papier, et deux feuilles qui ne se connaissaient pas ne se quittent plus. Quand je suis vide, je claque dans le vide et personne ne comprend pourquoi. Qui suis-je ?

Réponse

Une agrafeuse.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je suis posé devant vous et je vous laisse parler des heures sans jamais répondre. J’ai vingt-six lettres rangées dans un désordre que je n’ai pas choisi. Sous vos dix doigts, je fais un bruit de petite pluie. Qui suis-je ?

Réponse

Un clavier d’ordinateur.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je n’ai qu’une seule roue et je n’avance jamais sans aide. On me remplit de terre, de feuilles mortes ou de cailloux, et c’est toujours quelqu’un d’autre qui a mal aux bras. L’hiver, on me retourne contre le mur pour que la pluie ne dorme pas dedans. Qui suis-je ?

Réponse

Une brouette.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je me tiens debout au bord de l’eau et je ne bouge jamais. La nuit, je fais tourner un œil de lumière au-dessus des vagues. Les bateaux me regardent surtout pour savoir où il ne faut pas aller. Qui suis-je ?

Réponse

Un phare.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je voyage toute la journée sans jamais voir le paysage. Je m’arrête toutes les deux ou trois minutes pour avaler une foule et la recracher plus loin. Mes couloirs sentent le vent chaud, et mes escaliers montent tout seuls. Qui suis-je ?

Réponse

Le métro.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je suis debout sur le piano et je ne joue aucune note. Je balance la tête de gauche à droite, exactement au rythme qu’on m’a réglé, sans jamais me fatiguer. Les élèves pressés me détestent : je tiens le tempo qu’ils ont choisi eux-mêmes, et c’est eux qui courent devant. Qui suis-je ?

Réponse

Un métronome.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je vis tout en haut, sur un toit ou un clocher, et je tourne sans avancer d’un pas. Je n’ai pas d’avis à moi : je montre celui du vent. Quand je grince, on sait que le temps va changer. Qui suis-je ?

Réponse

Une girouette.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je dors enroulé sur moi-même dans le placard du couloir. Quand on me réveille, je hurle si fort qu’on ne s’entend plus parler, et j’avale tout ce qui traîne par terre. Un jour ou l’autre, il faut bien me vider de ce que les autres ont perdu. Qui suis-je ?

Réponse

Un aspirateur.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je travaille dehors du matin au soir, et mon bureau change de fleur toutes les cinq minutes. Je rentre les pattes chargées et je danse pour expliquer aux autres où j’étais. Ce que je fabrique se mange sur une tartine. Qui suis-je ?

Réponse

Une abeille.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je passe ma vie à monter et à descendre sans jamais changer de rue. Je n’ai qu’une seule porte, et elle donne chaque fois sur un endroit différent. Les gens qui entrent chez moi regardent leurs chaussures en silence. Qui suis-je ?

Réponse

Un ascenseur.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

Je dors l’hiver au fond de la cabane, la tête en bas. L’été, on me remplit à ras bord et je deviens trop lourd pour un seul bras. Je porte un long nez percé de trous minuscules, et il me suffit de pencher pour fabriquer une averse. Qui suis-je ?

Réponse

Un arrosoir.

Écrite pour ce site · Forme : qui-suis-je

À propos de ces devinettes

La devinette « qui suis-je ? » est une forme de portrait à l’envers. Au lieu de nommer une chose et d’en donner la description, on donne la description et on retient le nom. L’objet, l’animal ou le métier prend la parole, dit « je », et se décrit par ce qu’il fait, par ce qu’il subit, par la place qu’il occupe dans une maison ou dans une journée. Le lecteur n’a pas à décoder un jeu de mots : il a à reconnaître quelque chose de familier sous un déguisement de mots. C’est ce qui rend cette forme accessible très tôt, bien avant le calembour, et pourquoi elle marche aussi bien à l’école qu’à table.

La règle de composition tient en une phrase : le premier indice doit être vrai de beaucoup de choses, le dernier d’une seule. C’est un entonnoir. « Je suis en métal » : des milliers d’objets répondent. « Je vis dans un tiroir de cuisine » : quelques dizaines. « Je perds une dent et je ne coupe plus rien » : une seule. Si l’on respecte cet ordre, le lecteur avance par élimination et sent le champ se resserrer sous lui ; il a le temps de proposer deux ou trois hypothèses fausses, ce qui est exactement le plaisir de la forme. Trois indices suffisent souvent, quatre sont un confort, cinq commencent à traîner.

Chaque indice doit être vrai, et vérifiable après coup. C’est la différence entre une devinette et une charade : ici, rien n’est arbitraire. Quand la réponse tombe, le lecteur doit pouvoir relire les indices dans l’ordre et constater que tous collaient, y compris le premier, celui qui semblait ne rien dire. Un indice décoratif — joli mais faux, ou vrai seulement à moitié — casse ce contrôle rétroactif et laisse une impression de tricherie. Nous nous imposons donc une relecture : pour chaque phrase, la réponse doit passer, et un objet voisin doit être exclu par au moins une des phrases.

La première personne fait tout le travail de charme. Dire « je maigris chaque fois que je travaille » plutôt que « elle s’use à l’usage » transforme une propriété physique en petite plainte, et une petite plainte se retient. Les meilleures voix sont celles qui donnent à l’objet un point de vue : ce qu’il voit du monde depuis sa place, ce qu’il endure, ce dont il se plaint. C’est aussi une contrainte utile pour l’auteur, parce qu’elle interdit le vocabulaire technique. Un objet ne se décrit pas avec sa notice ; il se décrit avec ses habitudes.

Pour chercher, la méthode qui aide le plus est de traiter les indices dans l’ordre inverse. Le dernier est le plus étroit : partez de lui, proposez ce qu’il évoque, puis remontez et testez vos candidats contre les phrases précédentes. Le premier indice, souvent vague, sert alors de vérification finale plutôt que de point de départ — l’attaquer d’emblée revient à ouvrir une porte sur un couloir de mille pièces. Deuxième réflexe : repérer le verbe. Une devinette de ce type se résout presque toujours sur une action, pas sur une matière. « Je tourne », « j’avale », « je monte et je descends » : le verbe dit la fonction, et la fonction dit l’objet.

Cette forme se raconte à l’oral mieux qu’aucune autre, parce qu’elle supporte les silences. On lit un indice, on laisse chercher, on lit le suivant. En classe, en voiture, dans une file d’attente, elle occupe le temps sans réclamer d’accessoires. Avec de jeunes enfants, on gagne à choisir des objets qu’ils manipulent eux-mêmes — une gomme, un arrosoir, un glaçon — et à ralentir : la moitié du plaisir est dans les fausses pistes qu’ils proposent. Avec des adultes, on peut serrer l’entonnoir et supprimer un indice ; la difficulté monte vite, parce que chaque phrase retirée multiplie les candidats possibles.

Elle rate de trois façons, toujours les mêmes. Un premier indice trop précis, et il n’y a plus rien à chercher : la devinette est finie à la première ligne. Un dernier indice trop large, et deux réponses se valent — le lecteur trouve « la lune » quand on attendait « le phare », et il a raison, ce qui est le pire des dénouements. Enfin, l’accumulation : à partir de six phrases, l’attention retombe et la chute arrive comme une formalité. Une devinette de ce genre se relit à voix haute avant d’être servie ; si l’on s’ennuie soi-même à l’avant-dernier indice, c’est qu’il faut couper.

Un mot sur ce que vous lisez ici. Les devinettes de cette page ont été écrites pour ce site, une par une, et non recopiées d’un recueil, d’un site ou d’un spectacle. Nous ne reprenons pas les textes des autres, y compris les plus connus, parce qu’une devinette contemporaine reste l’œuvre de quelqu’un. Cela change deux choses, et nous préférons les dire franchement : nous en avons moins que les pages qui en empilent des centaines, et vous ne retrouverez pas ici celles que vous connaissez déjà par cœur. En échange, elles sont neuves — et la mécanique décrite plus haut vous permet d’en fabriquer les vôtres, ce qui est de loin le meilleur usage de cette page.

Comment elles ont été écrites

Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : qui-suis-je« Je suis… qui suis-je ? » — la devinette à la première personne. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.

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