À propos de ces devinettes
La devinette « qui suis-je ? » est une forme de portrait à l’envers. Au lieu de nommer une chose et d’en donner la description, on donne la description et on retient le nom. L’objet, l’animal ou le métier prend la parole, dit « je », et se décrit par ce qu’il fait, par ce qu’il subit, par la place qu’il occupe dans une maison ou dans une journée. Le lecteur n’a pas à décoder un jeu de mots : il a à reconnaître quelque chose de familier sous un déguisement de mots. C’est ce qui rend cette forme accessible très tôt, bien avant le calembour, et pourquoi elle marche aussi bien à l’école qu’à table.
La règle de composition tient en une phrase : le premier indice doit être vrai de beaucoup de choses, le dernier d’une seule. C’est un entonnoir. « Je suis en métal » : des milliers d’objets répondent. « Je vis dans un tiroir de cuisine » : quelques dizaines. « Je perds une dent et je ne coupe plus rien » : une seule. Si l’on respecte cet ordre, le lecteur avance par élimination et sent le champ se resserrer sous lui ; il a le temps de proposer deux ou trois hypothèses fausses, ce qui est exactement le plaisir de la forme. Trois indices suffisent souvent, quatre sont un confort, cinq commencent à traîner.
Chaque indice doit être vrai, et vérifiable après coup. C’est la différence entre une devinette et une charade : ici, rien n’est arbitraire. Quand la réponse tombe, le lecteur doit pouvoir relire les indices dans l’ordre et constater que tous collaient, y compris le premier, celui qui semblait ne rien dire. Un indice décoratif — joli mais faux, ou vrai seulement à moitié — casse ce contrôle rétroactif et laisse une impression de tricherie. Nous nous imposons donc une relecture : pour chaque phrase, la réponse doit passer, et un objet voisin doit être exclu par au moins une des phrases.
La première personne fait tout le travail de charme. Dire « je maigris chaque fois que je travaille » plutôt que « elle s’use à l’usage » transforme une propriété physique en petite plainte, et une petite plainte se retient. Les meilleures voix sont celles qui donnent à l’objet un point de vue : ce qu’il voit du monde depuis sa place, ce qu’il endure, ce dont il se plaint. C’est aussi une contrainte utile pour l’auteur, parce qu’elle interdit le vocabulaire technique. Un objet ne se décrit pas avec sa notice ; il se décrit avec ses habitudes.
Pour chercher, la méthode qui aide le plus est de traiter les indices dans l’ordre inverse. Le dernier est le plus étroit : partez de lui, proposez ce qu’il évoque, puis remontez et testez vos candidats contre les phrases précédentes. Le premier indice, souvent vague, sert alors de vérification finale plutôt que de point de départ — l’attaquer d’emblée revient à ouvrir une porte sur un couloir de mille pièces. Deuxième réflexe : repérer le verbe. Une devinette de ce type se résout presque toujours sur une action, pas sur une matière. « Je tourne », « j’avale », « je monte et je descends » : le verbe dit la fonction, et la fonction dit l’objet.
Cette forme se raconte à l’oral mieux qu’aucune autre, parce qu’elle supporte les silences. On lit un indice, on laisse chercher, on lit le suivant. En classe, en voiture, dans une file d’attente, elle occupe le temps sans réclamer d’accessoires. Avec de jeunes enfants, on gagne à choisir des objets qu’ils manipulent eux-mêmes — une gomme, un arrosoir, un glaçon — et à ralentir : la moitié du plaisir est dans les fausses pistes qu’ils proposent. Avec des adultes, on peut serrer l’entonnoir et supprimer un indice ; la difficulté monte vite, parce que chaque phrase retirée multiplie les candidats possibles.
Elle rate de trois façons, toujours les mêmes. Un premier indice trop précis, et il n’y a plus rien à chercher : la devinette est finie à la première ligne. Un dernier indice trop large, et deux réponses se valent — le lecteur trouve « la lune » quand on attendait « le phare », et il a raison, ce qui est le pire des dénouements. Enfin, l’accumulation : à partir de six phrases, l’attention retombe et la chute arrive comme une formalité. Une devinette de ce genre se relit à voix haute avant d’être servie ; si l’on s’ennuie soi-même à l’avant-dernier indice, c’est qu’il faut couper.
Un mot sur ce que vous lisez ici. Les devinettes de cette page ont été écrites pour ce site, une par une, et non recopiées d’un recueil, d’un site ou d’un spectacle. Nous ne reprenons pas les textes des autres, y compris les plus connus, parce qu’une devinette contemporaine reste l’œuvre de quelqu’un. Cela change deux choses, et nous préférons les dire franchement : nous en avons moins que les pages qui en empilent des centaines, et vous ne retrouverez pas ici celles que vous connaissez déjà par cœur. En échange, elles sont neuves — et la mécanique décrite plus haut vous permet d’en fabriquer les vôtres, ce qui est de loin le meilleur usage de cette page.