À propos de ces devinettes
Cette page rassemble des énigmes difficiles avec, chaque fois, la réponse et le raisonnement qui y mène. C’est la seule façon honnête de présenter ce genre d’exercice : sur une énigme dure, une solution donnée toute nue ne sert à rien. Ou bien elle tombe du ciel et l’on reste avec l’impression désagréable qu’il manquait une information, ou bien elle paraît évidente une fois lue et l’on ne comprend plus pourquoi on a séché. Le chemin compte davantage que le point d’arrivée, et c’est lui que nous écrivons.
Une énigme n’est pas difficile parce qu’elle demande de savoir quelque chose. Une question de culture générale se répond ou ne se répond pas ; il n’y a rien à chercher. Une énigme est difficile parce qu’elle vous fait poser, sans le dire, une hypothèse qui n’était pas dans l’énoncé — que les deux horloges affichent la même heure, que l’observateur ne bouge pas, que le poids d’un chargement change quand il fond. Toute la résistance de l’énigme tient dans cette hypothèse que vous avez ajoutée vous-même. Le moment où elle craque est précisément le plaisir de l’exercice.
Nous mêlons ici deux familles. L’énigme de situation décrit une scène qui semble impossible, et se dénoue en une phrase : une observation qu’on n’avait pas envisagée, un déplacement, un décalage. L’énigme logique, elle, se démontre : arithmétique, dénombrement, cas à éliminer, contrainte à écrire. La première se résout par un changement de regard, la seconde par une suite d’étapes qu’on peut vérifier ligne à ligne. Les deux méritent le même mot d’énigme, mais on ne les attaque pas de la même manière, et il est utile de repérer dès la lecture à laquelle des deux on a affaire.
La règle que nous nous imposons est celle de l’énoncé complet : tout ce qui est nécessaire pour trouver est écrit dans le texte de l’énigme. Rien n’est caché, rien ne s’ajoute en cours de route, il n’y a pas de détail que seul l’auteur connaîtrait. Une énigme qui exige qu’on devine un élément absent n’est pas difficile, elle est mal faite. C’est aussi pour cela que nos réponses redonnent le chemin : si le raisonnement s’appuie sur un mot de l’énoncé, il faut pouvoir remonter à ce mot et constater qu’il y était bien.
Pour chercher, quelques réflexes servent presque toujours. Relire l’énoncé mot à mot, en s’arrêtant sur chaque terme qui pourrait avoir deux sens. Écrire noir sur blanc la liste de ce qu’on suppose sans que ce soit dit, puis retirer ces suppositions une par une. Mettre des lettres sur ce qui varie et poser les égalités qu’on tient. Tester les cas extrêmes, parce qu’une contrainte se voit mieux aux bornes qu’au milieu. Compter les possibilités quand elles sont peu nombreuses : douze mois, sept jours, trois groupes. Et partir de la fin, en se demandant ce qu’il faudrait pour que la situation décrite soit vraie.
Il faut aussi accepter de s’arrêter. Quand une piste tourne en rond, insister dans la même direction revient à creuser le même trou un peu plus profond. Poser la feuille, revenir plus tard, relire l’énoncé à froid : c’est une méthode de recherche comme une autre, pas un aveu de faiblesse. Nous ne promettons pas que la solution vous attendra au retour — nous ne savons rien de ce qui se passe dans votre tête entre-temps. Nous constatons seulement qu’une relecture à distance porte sur un texte déjà connu, et qu’il est alors plus commode d’y chercher le mot sur lequel on avait glissé. Et si la réponse finit par arriver de la solution écrite, il reste quelque chose à en tirer, à condition de repérer l’endroit exact où le raisonnement bifurquait.
Ces énigmes se posent bien à deux ou à quelques-uns, autour d’une table, en laissant du silence. Quelques précautions valent d’être prises — non pas parce que nous aurions mesuré quoi que ce soit, mais parce qu’elles évitent des soirées frustrantes : ne pas donner la réponse trop tôt, ne pas ajouter d’indices que l’énoncé ne contenait pas, ne pas lancer une énigme à quelqu’un qui a la tête ailleurs, et ne pas répondre « non » à une question du chercheur quand cette question visait juste. Si vous voulez aider, relire l’énoncé à voix haute est un geste plus sûr que souffler la solution : la relecture ne coûte rien et laisse l’autre trouver.
Un mot sur la provenance. Toutes les énigmes de cette page ont été écrites pour ce site. Nous ne recopions ni recueil, ni page d’un autre site, ni cahier de vacances ; quand une idée nous paraissait déjà vue quelque part, nous l’avons écartée plutôt que de la maquiller. Cela a deux conséquences que nous assumons : nous en publions moins que les pages qui compilent, et vous ne retrouverez pas ici les grands classiques que tout le monde connaît déjà. En échange, ce que vous lisez est à nous, l’énoncé a été vérifié pour être soluble, et le raisonnement de la réponse a été écrit avec l’énoncé sous les yeux.
Le mode d’emploi le plus simple : lisez l’énoncé, cachez la réponse, donnez-vous un vrai moment de recherche, puis lisez la solution en entier — y compris la partie qui explique pourquoi les autres pistes ne tiennent pas. Nous ne garantissons rien sur l’énigme suivante ; nous vous suggérons seulement de lire nos solutions comme des raisonnements et non comme des résultats, puisque c’est le raisonnement, et lui seul, qui peut éventuellement resservir ailleurs.