Mon oncle a monté une entreprise de déménagement de pianos. Il dit que c’est un métier où l’on porte énormément, mais où l’on garde surtout le sens de la mesure.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Assez mauvaises pour être bonnes. C’est un genre, pas un accident.
12 blagues sur cette page
Mon oncle a monté une entreprise de déménagement de pianos. Il dit que c’est un métier où l’on porte énormément, mais où l’on garde surtout le sens de la mesure.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
L’arbre du jardin s’est inscrit à l’école. En octobre, il a rendu toutes ses feuilles d’un coup, sans en garder une seule au propre.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Le quincaillier répète à qui veut l’entendre que personne ne lui arrive à la cheville. C’est bien là son drame : il en a trois tiroirs pleins et pas une seule ne dépasse quatre centimètres.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Le professeur de chant corrige ses copies au piano. Il met des notes, forcément — mais il refuse toujours de dire si elles sont bonnes ou justes.
Écrite pour ce site · Forme : calembour
Quel est le comble pour une apicultrice ? Récolter des rayons du matin au soir et rentrer chez elle sans une seule étagère.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour un cordonnier ? Monter des talons du matin au soir sans jamais prendre un centimètre de hauteur.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour une bibliothécaire ? Manipuler des livres de poche à longueur de journée et rentrer chez elle les poches vides.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour un pisciniste ? Faire des longueurs toute l’année sans jamais mettre un orteil dans l’eau.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Quel est le comble pour une bijoutière ? Passer ses journées à sertir des solitaires et ne jamais rester seule cinq minutes.
Écrite pour ce site · Forme : comble
Pourquoi les parapluies n’ont-ils jamais d’amis ?
Parce qu’ils ne s’ouvrent à personne tant qu’il ne pleut pas.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
Pourquoi la pendule du salon ne rit-elle jamais aux blagues du réveil ?
Parce qu’elle les voit toutes venir douze heures à l’avance.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
Qu’est-ce qui ne sert qu’une seule fois, se froisse au fond d’une poche, et pâlit tout seul jusqu’à devenir illisible sans que personne ne l’ait jamais relu ? — Vous l’avez pris ce matin sans même le regarder.
Le ticket de caisse : imprimé sur du papier thermique, il s’efface de lui-même au fond de la veste où on l’a rangé sans le lire.
Écrite pour ce site · Forme : question-reponse
Une blague nulle n’est pas une blague qui a échoué : c’est une blague qui vise le soupir. Le genre a sa règle propre, et elle est presque à l’envers de celle des autres. Ailleurs, la chute doit surprendre ; ici, elle doit se laisser deviner une demi-seconde trop tôt, juste assez pour que le lecteur ait le temps de penser « oh non, il ne va pas oser » — et qu’on ose. Le plaisir ne vient pas de l’effet de surprise, il vient du fait d’avoir vu arriver la catastrophe et de ne pas avoir pu l’éviter. C’est ce mécanisme-là que rassemble cette page, et c’est pour lui que nous écrivons des calembours, des combles et des questions-réponses assumés.
D’où la distinction qui compte le plus ici, et que l’on confond souvent quand on cherche des blagues nulles ou des blagues pas drôles : une blague ratée et une blague volontairement nulle ne se ressemblent que de loin. La ratée voulait être drôle et n’y arrive pas ; il lui manque une syllabe, un rythme, une préparation, et personne dans la pièce ne sait quoi faire du silence qui suit. La nulle, elle, arrive à ce qu’elle voulait : le calembour est exact, la chute tombe pile, et c’est précisément parce qu’elle est trop régulière, trop mécanique, trop attendue, qu’elle fait lever les yeux au ciel. La première est un accident, la seconde une intention. On les reconnaît à une chose : après une ratée, le raconteur s’excuse ; après une nulle, il sourit.
La mécanique de base, c’est le mot à double fond. Le français en fournit énormément, parce qu’un grand nombre de ses mots courants ont un sens concret et un sens figuré qui ont cessé de se parler : une note qu’on chante et une note qu’on reçoit, une batterie qu’on tape et une batterie qu’on recharge, une souris qui court et une souris qu’on clique, une feuille qui tombe et une feuille qu’on rend. Le calembour nul ne fait rien de plus que remettre les deux sens dans la même phrase et laisser le lecteur choisir. Il n’ajoute pas de finesse, il ne cache pas son procédé : il le montre. C’est même là son honnêteté.
Le comble suit une contrainte plus étroite, et c’est ce qui le rend reconnaissable dès le premier mot. On annonce un métier, donc on annonce aussi le champ de vocabulaire dans lequel la chute va être pêchée : chez l’horloger il sera question de temps, chez le jardinier de salades ou de plantations, chez le facteur de lettres et de nouvelles. Le lecteur sait déjà où l’on va chercher. Toute la question est de savoir lequel des mots du métier a un deuxième sens dans la langue courante — et de le poser sans le souligner. Un comble qui explique son calembour dans la même phrase se désamorce ; un comble qui s’arrête net juste après le mot fonctionne.
La question-réponse, elle, joue surtout sur la ligne blanche. La question installe une attente, la réponse arrive à la ligne suivante, et le petit intervalle entre les deux est le seul endroit où le lecteur travaille. Si la réponse est trop longue, l’attente retombe ; si elle contient deux idées, la seconde efface la première. Une bonne réponse tient en une phrase courte et se termine sur le mot qui pivote. Quand la chute est une vraie devinette — une chose à trouver plutôt qu’un jeu de mots à encaisser — nous la donnons à part, pour laisser le temps de chercher avant de lire.
Pour les raconter, il y a un principe qui vaut mieux que tous les conseils : le nul se raconte vite et sans insister. La blague nulle supporte très mal d’être annoncée. « Je vais t’en dire une, elle est nulle mais elle est bonne » : la phrase a déjà consommé l’effet. Elle supporte mal, aussi, l’explication de texte — si on doit préciser quel mot a deux sens, la personne en face l’avait compris et l’effet est mort, ou ne l’avait pas compris et ne rira pas davantage. Ce qui la fait rater, presque toujours : la répétition en série. Deux ou trois de suite, on rit du procédé ; dix de suite, on ne rit plus de rien.
À qui les dire, alors ? Elles marchent bien à table, en voiture, dans une file d’attente, partout où il y a un temps mort à combler et où personne n’attend un numéro de scène. Elles marchent aussi très bien avec les enfants, parce qu’un enfant qui vient de comprendre qu’un mot peut vouloir dire deux choses trouve ça magnifique, et qu’il ne trouve pas ça nul du tout. Un public averti, lui, rit du contrat : il sait qu’on lui sert du mauvais et il accepte de jouer. C’est ce contrat qui distingue une soirée réussie d’un moment gênant, et il se passe très bien de mots.
Un mot enfin sur ce que vous lisez ici. Tous les items de cette page ont été écrits pour ce site. Nous ne recopions pas de recueils, pas d’autres sites, pas de spectacles : les formes traditionnelles — le comble, le calembour, la question-réponse — appartiennent à tout le monde, mais le texte que nous mettons dedans est le nôtre. Cela a une conséquence visible : nous en avons moins que les pages qui ramassent tout ce qui traîne, et vous ne retrouverez pas ici les cinq ou six classiques que vous connaissez déjà par cœur. En échange, ce que vous lisez, vous ne l’avez pas lu ailleurs. Pour un genre dont tout le charme tient à voir venir la chute, c’est le seul luxe qui reste : que la chute, au moins, soit neuve.
Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : calembour — Un jeu de mots : la chute repose sur un mot qui en cache un autre. question-reponse — Une question posée au lecteur, une chute qui arrive à la ligne suivante. comble — « Quel est le comble pour un… ? » — la chute est un calembour sur le métier. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.