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Blaguier

Blagues de papa et de tonton

Le calembour à table, celui qui fait soupirer toute la famille.

12 blagues sur cette page

Une tuile s’est décrochée du toit pendant l’orage. Mon père est monté la remettre en annonçant que dans cette maison, au moins, les tuiles se voient arriver de loin.

Écrite pour ce site · Forme : calembour

Quel est le comble pour un couvreur ? Travailler tous les jours sur les toits et ne jamais prendre de la hauteur.

Écrite pour ce site · Forme : comble

Pourquoi mon père répète-t-il sa blague quand personne ne rit ?

Parce que pour lui, le silence n’est pas un refus : c’est une demande de précision.

Écrite pour ce site · Forme : question-reponse

Quelle différence y a-t-il entre une casserole et une blague de tonton ?

La casserole, on finit par la reposer.

Écrite pour ce site · Forme : question-reponse

Quel est le comble pour un carreleur ? Rester de marbre le jour où toute la maison se fissure.

Écrite pour ce site · Forme : comble

Pourquoi les escargots ne racontent-ils jamais de blagues à table ?

Parce que le temps qu’ils arrivent au dessert, la chute est froide.

Écrite pour ce site · Forme : question-reponse

Quel est le comble pour un cordonnier ? Être en permanence à deux doigts de craquer.

Écrite pour ce site · Forme : comble

Pourquoi mon père écoute-t-il la météo tous les soirs alors qu’il ne sort jamais ?

Pour savoir de quel temps il aura le droit de se plaindre demain.

Écrite pour ce site · Forme : question-reponse

Tonton a fabriqué un banc pour le jardin et défend à quiconque de s’y asseoir avant lui. Il appelle ça, très sérieusement, son banc d’essai.

Écrite pour ce site · Forme : calembour

Quel est le comble pour un serrurier ? Rester ouvert à absolument toutes les propositions.

Écrite pour ce site · Forme : comble

Que raconte un tournevis à qui on demande comment s’est passée sa journée ?

Qu’elle a tourné en rond, mais qu’au moins tout tient encore debout.

Écrite pour ce site · Forme : question-reponse

En novembre, tonton ramasse les feuilles du jardin et en met toujours une de côté. Il dit que c’est pour écrire ce qu’il fera l’été prochain.

Écrite pour ce site · Forme : calembour

À propos de ces blagues

La blague de papa n’est pas d’abord un texte : c’est un moment. Elle ne s’annonce pas, elle ne demande pas la parole, elle ne commence jamais par « j’en connais une bonne ». Elle s’accroche à un mot que quelqu’un vient de prononcer, à table, entre le plat et le fromage, et elle arrive une demi-seconde après lui. C’est ce décalage minuscule qui fait tout le genre. Le même calembour, écrit sur une feuille et lu à froid, ne produit presque rien ; placé au bon endroit d’une conversation ordinaire, il déclenche exactement la réaction attendue, qui n’est pas toujours un rire.

Mécaniquement, ces blagues reposent sur deux ressorts très simples. Le premier est l’homophonie : deux mots différents se prononcent pareil, et la phrase bascule d’un sens à l’autre au moment où on l’entend — l’encre de l’imprimeur et l’ancre du marin, par exemple, ne s’écrivent pas de la même façon mais sonnent identiquement. Le second est la polysémie : un seul mot porte plusieurs sens, et il suffit de le prendre au sens que personne n’attendait — une note de musique et une note de restaurant, une rame de métro et le fait de ramer, une feuille d’arbre et une feuille de papier. Le premier ressort marche à l’oral, le second marche aussi à l’écrit.

La conséquence pratique est que ce genre de blague se prépare peu et se déclenche beaucoup. Celui qui la place n’a pas cherché une histoire : il a guetté un mot. Il écoute la conversation comme on regarde passer des voitures, et dès qu’un mot à double fond arrive, il le rattrape. C’est pour cela que la blague de papa paraît toujours à moitié improvisée et à moitié préméditée — elle l’est. Le stock est ancien, l’occasion est neuve, et le plaisir de celui qui la raconte tient autant à l’avoir reconnue au vol qu’à la chute elle-même.

Il faut dire franchement ce que ce genre attend comme réaction, parce que c’est là que beaucoup de gens se trompent. Un calembour de table qui déclenche un fou rire est presque un accident. Le résultat normal, celui que le raconteur espère sans l’avouer, c’est le soupir : une expiration, un « papa… », un regard levé au plafond, quelqu’un qui repose sa fourchette. Le soupir n’est pas un échec, c’est la réponse prévue. La blague fonctionne parce qu’elle est attendue, un peu appuyée, et que tout le monde autour de la table connaît le rôle qu’il doit tenir. C’est un petit théâtre familial où l’agacement fait partie du texte.

Le comble est la version fermée du même mécanisme. La question pose un métier, la réponse est un calembour sur le vocabulaire de ce métier : le pain qui lève et le pied du matin, le cuir qui craque et les nerfs qui craquent, la serrure qui s’ouvre et l’esprit qui reste ouvert. Pour en fabriquer un, on ne part pas de l’idée drôle mais des expressions du métier : on liste les mots techniques qui vivent aussi dans le langage courant, puis on cherche la phrase où les deux sens tiennent ensemble sans qu’on ait à choisir. Si la réponse a besoin d’un mot rare, elle est ratée : le comble doit s’entendre du premier coup.

La question-réponse, elle, demande une discipline inverse. La question doit être aussi plate que possible — banale, presque ennuyeuse — pour ne rien annoncer. Dès que la question est spirituelle, elle prend la place de la chute et la réponse tombe dans le vide. Une bonne question de ce type ressemble à une vraie question. On la pose, on laisse un temps réel à l’autre pour répondre, et on ne donne la chute que quand il a abandonné. Sauter ce temps d’attente est la faute la plus fréquente ; c’est elle qui transforme une devinette en monologue.

Ce qui fait rater ces blagues est assez court à énumérer. Trop de mots avant la chute : le calembour vit sur le mot final, tout ce qui le précède doit être du décor. Deux jeux de mots dans la même phrase : le second efface le premier. L’explication après coup : dès qu’on explique un calembour, il n’en reste rien, et le mieux est de laisser le silence faire son travail. L’insistance, enfin — la même blague trois fois dans le même repas cesse d’être un moment pour devenir une manie. Quant au public, ce genre convient bien aux repas de famille, aux longs trajets en voiture et aux enfants qui découvrent qu’un mot peut en cacher un autre : c’est souvent avec ce type de blague qu’ils comprennent, pour la première fois, comment fonctionne un double sens.

Un mot sur ce que vous lisez ici. Tous les items de cette page ont été écrits pour nous, un par un, et aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Nous n’utilisons que les formes traditionnelles — le comble, le calembour, la question-réponse — qui n’appartiennent à personne, et nous écrivons le texte dedans. Cela a une conséquence visible : nous en avons moins que les pages qui aspirent tout ce qui traîne, et vous n’y retrouverez pas les trois ou quatre classiques que vous connaissez déjà par cœur. En échange, ce que vous lisez ici, vous ne l’avez normalement lu nulle part ailleurs — et pour une blague de papa, c’est précisément le seul avantage qui compte : pouvoir la placer à table devant quelqu’un qui ne l’a pas vue venir.

Comment elles ont été écrites

Chaque texte de cette page a été écrit pour ce site et porte sa forme : calembourUn jeu de mots : la chute repose sur un mot qui en cache un autre. comble« Quel est le comble pour un… ? » — la chute est un calembour sur le métier. question-reponseUne question posée au lecteur, une chute qui arrive à la ligne suivante. Aucun n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site ou d’un spectacle. Le détail de cette règle, et ce qu’elle nous interdit de publier, se trouve sous Sources & Méthode.

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