À propos de ces devinettes
Un rébus est une suite de dessins dont les noms, prononcés l’un après l’autre, produisent un mot qui n’a plus rien à voir avec eux. Une poire et de l’eau donnent un légume de potage ; le dessin ne représente jamais la réponse, il représente un SON, et c’est tout l’écart sur lequel la forme repose. Le lecteur voit des objets sans rapport entre eux, entend une suite de syllabes, et le sens arrive d’un coup, une seconde après la fin de la phrase. C’est la même bascule que dans une charade, à ceci près qu’une charade définit ses morceaux avec des mots et qu’un rébus les montre.
Ce site ne publie aucune image. Un rébus dessiné y est donc impossible, et nous avons choisi de l’écrire plutôt que de renoncer à la forme : chaque morceau est un pictogramme suivi du nom français de ce qu’il montre, séparés par un point médian. Les deux moitiés servent. Le pictogramme est le dessin, et c’est un caractère comme un autre — il est dans la page, dans le plan du site, dans l’empreinte qui enregistre le texte. Le mot écrit à côté est ce qui rend le rébus lisible pour quelqu’un qui ne le voit pas : une synthèse vocale annonce un pictogramme par son nom technique, dans sa propre langue et le plus souvent en anglais, si bien qu’un rébus posé sur le seul dessin serait un jeu dont la mécanique — entendre « poire » — resterait fermée au lecteur qui en aurait le plus besoin.
Cette manière de faire a un prix, et nous préférons le dire. Sur le papier, un rébus commence par une difficulté que nous supprimons : il faut d’abord reconnaître ce que le dessin représente, et l’auteur peut choisir exprès un objet ambigu pour compliquer l’affaire. En nommant chaque dessin, nous rendons cette étape gratuite. Ce qui reste est la partie dont la forme tire son nom, le recollement sonore, et c’est elle que nos réponses développent : au lieu d’un mot lâché tout seul, chaque solution reprend la lecture morceau par morceau, explique pourquoi l’orthographe ne suit pas, et propose un contrôle que vous pouvez refaire vous-même. Un rébus rendu ainsi demande plus de lignes qu’un rébus dessiné, et c’est exactement le genre de longueur que nous cherchons.
La règle qui décide de tout : le rébus se joue à l’oreille et jamais à l’œil. Les lettres mentent presque toujours. Le mot d’arrivée ne partage souvent aucune syllabe écrite avec les morceaux qui le produisent, il ne partage qu’un son, et les accents, les consonnes muettes et les doubles lettres disparaissent au passage. Un rébus se vérifie donc d’une seule façon : à voix haute, lentement, puis très vite, jusqu’à ce que la suite se referme en un mot. Si le résultat ne tombe pas juste au son près, s’il faut avaler une syllabe ou en ajouter une pour que cela marche, le rébus est faux, même s’il paraît élégant une fois écrit.
Pour en résoudre un, commencez par la phrase qui suit les dessins plutôt que par les dessins eux-mêmes. Elle vous dit de quelle catégorie relève la réponse — un outil, un animal, un vêtement, quelque chose qui se mange — et cette catégorie réduit énormément le champ. Prononcez ensuite la suite des noms d’une seule traite, sans marquer d’arrêt entre eux, comme si c’était un seul mot : la coupure entre les morceaux est justement ce qui empêche d’entendre. Si rien ne vient, changez la façon dont vous découpez ce que vous venez de dire, car le mot cherché n’a presque jamais ses frontières au même endroit que les dessins.
Un réflexe fait gagner beaucoup de temps : le stock de morceaux utiles est petit et il revient sans cesse. L’eau, le pain, le riz, le dos, le nez, le lit, la scie, le mont, le thé, le rat, la mie, la roue, le seau, la main, le pot : des mots d’une syllabe, très concrets, faciles à montrer et faciles à entendre. À cela s’ajoutent les chiffres, qui se prononcent et se collent aussi bien que les objets, et quelques lettres dont le nom oral vaut une syllabe entière. Quand un morceau vous paraît bizarrement pauvre, c’est presque toujours l’un de ceux-là, et l’identifier tout de suite libère l’attention pour le reste de la suite.
Fabriquer un rébus se fait dans l’autre sens. On part du mot d’arrivée, on le prononce en le tranchant, et on regarde si chaque tranche correspond au son d’un mot qui se montre. Beaucoup de mots refusent : ils donnent des morceaux qui ne veulent rien dire, ou des morceaux qu’aucun pictogramme ne représente proprement, et il faut les abandonner sans y revenir. La difficulté se règle ensuite par trois leviers. Le nombre de morceaux d’abord : deux se devinent souvent immédiatement, trois demandent un vrai va-et-vient, quatre transforment l’exercice en petit chantier. La nature des morceaux ensuite, puisqu’un objet concret se trouve tout de suite et qu’un mot grammatical ou un chiffre résiste bien davantage. La phrase d’accompagnement enfin, selon qu’elle annonce une catégorie large ou étroite.
Un rébus se pose bien là où l’on est ensemble et immobiles : en voiture, à table, dans une salle d’attente, à la fin d’un cours. Il demande d’être dit à voix haute, ce qui est aussi ce qui lui manque dans une conversation bruyante. Il rate quand on le lit trop vite, quand on répète le morceau déjà trouvé au lieu de laisser chercher, et surtout quand on donne la solution au premier soupir. Redonner un morceau coûte beaucoup moins que livrer le tout : la personne en face veut trouver, pas savoir. Et quand la réponse arrive, elle arrive entière, ce qui est une raison suffisante pour laisser le silence durer un peu plus longtemps que ce n’est confortable.
Un mot enfin sur ce que vous lisez. Tous les rébus de cette page ont été écrits pour ce site : nous avons choisi les mots d’arrivée, cherché les découpages, vérifié chaque recollement à voix haute, puis rédigé chaque lecture sonore avec le rébus sous les yeux. Nous ne recopions rien, ni recueil, ni site, ni générateur automatique. La forme, elle, n’appartient à personne : suivre des dessins pour entendre un mot est un procédé public et nous ne prétendons pas l’avoir inventé. Ce que nous revendiquons est plus étroit, et c’est le seul point qui compte : le texte est de nous. Quand un rébus nous paraissait déjà vu, nous l’avons retiré plutôt que discuté, et c’est pour cette raison qu’il y en a ici moins qu’ailleurs.