À propos de ces devinettes
Une devinette drôle ne se résout pas tout à fait comme une autre : elle se devine. Dans une devinette ordinaire, la réponse existe quelque part dans le monde — un objet, un animal, un métier — et on finit par la trouver en éliminant ce qui ne colle pas. Ici, la réponse n’est pas dans le monde, elle est dans la langue. Ce qu’on cherche, c’est un mot qui en cache un autre, une expression qu’on peut prendre au pied de la lettre, un son qui sert à deux choses différentes. C’est pour cela qu’on parle plutôt de devinettes rigolotes que d’énigmes : le plaisir vient du glissement, pas de la déduction.
La chute repose presque toujours sur l’une de trois mécaniques. La première est l’homophonie : deux mots que rien ne relie s’écrivent différemment mais se prononcent pareil, et l’énoncé fait mine de parler de l’un pour désigner l’autre. La deuxième est la polysémie : une seule orthographe, un seul mot, mais plusieurs métiers qui se le partagent sans jamais se rencontrer. La troisième est l’expression figée reprise au sens propre : une tournure que tout le monde emploie sans y penser, et qu’il suffit de prendre à la lettre pour qu’elle redevienne une scène. Dans les trois cas, la réponse est juste par le son ou par le mot, jamais par le raisonnement. Nous ne nommons pas ici les solutions : les dire reviendrait à vider la page de son intérêt.
Le blocage, quand il arrive, vient presque toujours du même endroit, et il n’a rien d’anormal. Devant un énoncé qui décrit une chose impossible, on cherche naturellement l’objet capable de faire tout ce qui est annoncé ; on passe en revue ce qu’on connaît, on n’en trouve aucun, et pour cause : il n’en existe pas. La logique n’aide pas, elle retient du mauvais côté. Tant qu’on cherche une chose, on ne peut pas trouver, puisque la solution est un mot. Il faut changer de rayon — quitter le monde des objets pour celui des sons — et ce basculement s’apprend plus qu’il ne s’improvise. C’est d’ailleurs le seul entraînement que demandent ces devinettes.
La méthode, quand on veut chercher plutôt que retourner tout de suite la réponse, tient en quatre gestes. D’abord, dire l’énoncé à voix haute : le calembour vit dans l’oreille, pas dans l’œil, et bien des solutions apparaissent à la seconde lecture parlée. Ensuite, repérer le mot qui détonne, celui qui n’a aucune raison d’être dans le décor décrit : il est rarement là par hasard. Puis se demander si ce mot a un jumeau sonore, ou un deuxième sens dans un autre métier. Enfin, essayer la réponse « fausse mais juste au son ». Ce n’est pas une garantie, seulement une piste : elle tombe à côté assez souvent, et il faut alors revenir au mot suivant et recommencer.
Ces devinettes se racontent bien à table, dans la voiture, dans une salle d’attente — partout où l’on a trente secondes et pas de papier. Elles demandent peu de chose : savoir qu’un mot peut vouloir dire deux choses, et accepter de chercher quelques instants à côté de la logique. Nous les avons vues marcher aussi bien dans un sens que dans l’autre, l’enfant trouvant parfois avant l’adulte, sans que cela nous apprenne quoi que ce soit de général. La seule vraie condition tient au mot de la chute. Si celui qui écoute ne connaît pas le mot sur lequel repose le calembour, il ne peut pas rire ; il pourra apprendre le mot, ce qui n’est pas rien, mais la blague, elle, est perdue.
Ce qui les fait rater est assez régulier. Annoncer la chute — dire « attention, c’est un jeu de mots » — enlève tout le travail à celui qui écoute et il ne reste rien à trouver. Allonger l’énoncé aussi : au-delà de deux lignes, l’oreille décroche et le rapprochement final ne se fait plus. Empiler deux calembours dans la même réponse est le troisième piège : le deuxième efface le premier au lieu de le renforcer. Enfin, certaines chutes ne tiennent que dans une prononciation donnée ; nous évitons celles-là autant que possible, parce qu’une devinette qui ne marche que chez soi ne marche pas.
Il faut dire clairement d’où viennent ces textes. Nous les écrivons. Aucun item de cette page n’a été recopié d’un recueil, d’un autre site, d’un spectacle ou d’un livre : quand un jeu de mots nous semble déjà lu quelque part, nous l’écartons et nous en cherchons un autre. Ce choix a un coût visible, et autant l’assumer : nous en publions moins que les pages qui se contentent de reprendre le fonds commun, et il y a des classiques que vous ne trouverez pas ici. En échange, ce que vous lisez est à nous, et la seule répétition possible est celle du hasard, pas de la copie.
Une dernière remarque d’usage. Les devinettes de cette page ne se lisent pas d’affilée comme une liste : chacune demande un petit silence avant la réponse, et c’est ce silence qui fait tout le travail. Laissez chercher, même une minute, même si la personne part complètement à côté — surtout si elle part à côté, puisque c’est en écartant les objets qu’on finit par entendre les mots. Deux ou trois par occasion suffisent largement ; gardez les autres pour le trajet suivant. Nous complétons la page au fil de nos écritures, sans calendrier annoncé, et nous préférons ajouter une devinette que nous trouvons bonne plutôt que dix pour faire du nombre.